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lundi 1 avril 2013

Une petite fille et un sucrier bleu.

Ma mère rentra de l'hôpital environ deux semaines après l'accouchement. Sans petit frère. J'étais donc punie, c'était très clair...mais de quoi donc? J'avais pourtant été sage, moi...mon singe en peluche s'en souvient sans doute, parce que j'en ai passé des heures à lui en parler...

La seule chose qu'on m'eut dite a l'époque, c'est que je devais être très sage et ne pas embêter maman avec des questions...ah, et puis il fallait aussi rester avec elle, pendant la journée, parce qu'elle pouvait faire des bêtises. Bon, qu'à cela ne tienne, puisque j'étais sensée devenir une grande sœur tôt ou tard, je pouvais bien aussi "garder" ma maman...

C'est vrai qu'elle était un peu bizarre, ça je m'en rappelle bien...elle ne faisait pas les choses comme d'habitude et surtout, elle mettait les objets courants dans des endroits inattendus. Je me souviens avoir sorti le sucrier du frigo des dizaines de fois. Un sucrier ordinaire, en plastique bleu roi...Ça m'avait beaucoup fait rire, la première fois..et puis je me suis habituée.

Par contre, je ne me suis jamais habituée a ce que j'ai entendu un après midi de janvier. Je me rappelle que j'étais allongée sur mon lit et que ma mère est venu s'asseoir près de moi. Elle avait l'air bizarre. Et puis elle a respiré un bon coup, comme quand on doit plonger dans le grand bassin et qu'on hésite entre la peur de manquer d'air et la peur de sauter a l'eau...et puis elle a plongé...et c'est moi qui me suis noyée.

Je n'aurais pas de petit frère. De petits frères, car il y en avait bien deux, mais le premier étant plus faible, il n'avait vécu que quelques heures... Avant d'aller rejoindre les anges, il avait tout de même - à sa façon - fait comprendre aux médecins que quelque chose de grave se passait. On a donc emmené mon deuxième petit frère dans un hôpital spécialisé ou le verdict sans appel tomba comme un couperet: il ne vivrait pas.

Le médecin avait prévenu que dans le "meilleur" des cas, il pourrait survivre un ou peut être même deux mois, mais que de toute façon, ce n'était que reculer une échéance fatale. C'est peut être parce qu'il a compris que mon petit frère a juge mieux de partir plus tôt, avant que des liens ne se créent...il est parti rejoindre son jumeau cinq jours après...

Je ne les ai jamais vus, personne n'a cru bon de m'emmener a l'enterrement... et trente cinq ans après, je suis toujours la à me demander pourquoi on m'avait fait croire aux miracles. Rien n'est jamais acquis...et rien ne comblera jamais ce vide.

C'est drôle, je ne peux jamais repenser a cette époque, à ces moments douloureux, sans repenser a ce sucrier bleu...a vrai dire, après ce jour de janvier, je ne sais pas du tout ce qu'il est devenu...il a du être perdu à un moment ou a un autre...comme mon enfance...

samedi 30 mars 2013

Deux...plus une...

Ah ça, je dois dire que lors de la visite prénatale où j'avais accompagné ma mère en cette année 1977, j'avais eu la surprise de ma vie...
Imaginez-vous un peu: d'abord on vous dit et vous répète qu'il n'y a aucune chance, que le petit frère ou la petite sœur, ce n'est pas pour vous, puis du jour au lendemain, on vous dit que finalement, si, vous allez l'avoir ce bout de chou que vous adorez déjà...et puis il y a cette fameuse échographie (le mot me faisait un peu peur, mais on m'a expliqué que c'était un peu comme un appareil photo qui permettait de voir a l'intérieur des gens et finalement, l'idée m'avait enchantée) ou le médecin vous annonce de but en blanc:
"vous savez, il y en a au moins deux...mais a mon avis, c'est tout a fait possible qu'un petit troisième se cache derrière.."

Dire qu'une bombe atomique m'était tombée dessus serait minimiser l'effet de cette phrase...j'étais tout bonnement aux anges: non seulement j'allais avoir un petit frère ou une petite sœur, mais en plus il y avait un "invite surprise"...je ne me rappelle plus du chemin du retour...j'étais sur mon petit nuage rose...ou bleu, puisque je ne savais pas si ce seraient des filles ou des garçons, mais une chose était sure: j'allais être promue au rang de grande sœur et je prenais ça TRÈS au sérieux.

La grossesse ne fut pas des plus gaies, vu que pendant les deux derniers mois, ma mère fut contrainte de rester a l'hôpital et que de ce fait, je suis restée chez mes grands parents.
La, c'était un peu un autre monde qui m'attendait: je ne savais rien, ma grand-mère étant tout a fait hermétique au fait que j'étais une petite personne avec son caractère et son raisonnement : pour elle, il y avait les "affaires de grandes personnes" sur lesquelles je n'avais aucun droit de regard un point c'est tout.
Les deux derniers mois furent donc plutôt pénibles, puisque je ne savais pas trop ce qui se passait...même lors des visites a l'hôpital, impossible de savoir quoi que ce soit.

Et puis il y eu le 14 décembre...un jour comme les autres, du moins c'est ce que je pensais: j'avais bien remarque toutes les conversations à voix basse et les regards bizarres dans ma direction, mais avec la période des fêtes qui approchait, je ne voyais la que des cachotteries liées aux cadeaux...je crois que c'était mon dernier vrai moment de naïveté.

La chute fut dure...très dure. Ma grand mère m'annonça sans ménagement que ça y était, que j'étais grande sœur. Ma première réaction fut de demander si c'étaient des filles ou des garçons, elle me répondit seulement que les médecins s'étaient trompés et qu'il n'y avait qu'un petit garçon.
J'étais déçue, bien sur, mais je me disais qu'après tout, c'est ce qui était prévu au départ et que le médecin avait pu se tromper.

Le temps me parut alors long...incroyablement long...j'attendais...je comptais les jours, je posais des questions, mais on me répondait seulement que ma mère reviendrait bientôt, mais qu'après une opération, on restait toujours un certain temps a l'hôpital.

Et puis un jour, on me dit que ça y était, maman sortait...maman oui, mais c'était quand même curieux que personne ne parle de mon petit frère...j'étais donc la seule a l'attendre?...


a suivre...