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dimanche 2 juin 2013

Bonne à rien...

Ça ne vous arrive jamais, à vous, d'avoir ce sentiment que vous n'êtes bon(ne) à rien?

Cet espèce de vertige qui vous prend, qui vous serre les tripes et qui vous fait prendre conscience d'un seul coup que malgré toute votre bonne volonté, il y a des choses qui vous échappent.

J'écris chaque jour, pour vous, pour nous, mais parfois, je me retrouve sans voix, sans mots pour soulager, réconforter.

Comment trouver des mots pour une amie qui traverse une sale maladie, un ami qui a de la peine, des proches qui doivent faire des choix, parfois difficiles et qui changeront le cours de leur vie?

Et pour les au-revoir qu'on voit pointer à l'horizon, encore très loin, mais qu'on sait inéluctables...comment on fait?

Je n'ai pas de mode d'emploi, pas de notice d'utilisation, on se retrouve un jour sur terre avec toutes ces choses à gérer, une barque avec laquelle il faut naviguer, mais parfois, l'énergie pour ramer nous manque...

Se laisser porter par le courant? C'est une solution, mais dans ce cas on est sûr de finir dans le sillon qu'un bateau qui passe près de vous et le risque de couler se fait sentir.

Non, je préfère ramer, mais j'avoue qu'entre ma volonté de réparer le monde et les peines que je vois autour de moi, mon cœur est bien lourd en ce moment.

C'est dans ces moments là je crois, que ma vraie nature reprend le dessus, l'être humain est une merveilleuse machine qui m'étonne chaque jour...

Alors faute de soigner, de guérir, d'aider comme je le voudrais pour soulager tout simplement, je remets mon nez rouge et je repars pour un tour de piste, parce tant qu'à pleurer,  autant que ce soit de rire!

jeudi 16 mai 2013

Naufrage...

Cet après-midi, en rentrant du travail, comme à mon habitude je regardais la pluie tomber à travers la vitre du bus quand j'ai vu un petit groupe de personnes, se soutenant, habillés de noir, sous des parapluies noirs eux aussi...

Ce n'est pas une vue qui m'est étrangère : deux fois par jour, en allant ou en revenant du travail, je passe entre les pompes funèbres et un cimetière. Seulement aujourd'hui, je ne sais pourquoi, une idée m'est venue.

Une ligne s'est tracée dans ma tête... Une ligne invisible et cruelle, une espèce de frontière absurde entre ces personnes endeuillées et moi.

Je me disais que j'aurais voulu dire au-revoir, trouver un lieu, un moment, pour dire adieu, deux fois...

Oh, je sais bien que pour le commun des mortels, la perte d'un être que l'on a apprécié pendant des années justifie la peine, rend légitime la douleur que l'on ressent, mais dans mon cas?

Est-ce que, comme me l'a fait remarquer si "gentiment" la gynécologue pleine de tact qui m'a annoncé la première fois que le petit cœur de mon bébé ne battait pas " C'est pas grave, si ce n'est que ça, on le fait partir et dans trois mois vous recommencerez"...

Comment te dire, charogne que tu es, que cet enfant, il était attendu, voulu, aimé, et qu'il pourrait y en avoir une vingtaine après lui que ça ne rendrait pas ma peine plus légère?

Comment te dire également que si je ne m'étais pas instantanément désintégrée sur ta table d'examen, mon poing, ce petit poing que j'ai serré si fort que mes ongles en sont rentrés dans ma chair, se serait appliqué à t'enlever ce petit sourire en coin?

Comment te dire enfin que je prends plus de soin avec mes clients au quotidien pour leur annoncer une broutille que tu n'en as eu pour briser mon rêve à jamais?

C'est vrai que je n'ai jamais connu les deux petits cœurs, mais est-ce que je les ai moins aimés pour autant?

Depuis quand la peine se mesure-t'elle? Qui peut définir la profondeur d'une blessure qui ne se voit pas?

J'ai déjà perdu des êtres chers, j'ai eu mal, comme tout le monde, puis, avec le temps sont remontés à la surface de belles images, de belles paroles, des éclats de rire aussi...

Mais cette douleur là est différente.

Je ne peux pas dire au-revoir, je ne le pourrai jamais, je resterai avec mes questions et mes regrets à vie, sans aucun joli souvenir pour adoucir mon chagrin.

Je reste là comme ces rescapés d'un naufrage, à contempler les vagues, sans avoir pu dire adieu à mes trésors enfouis au fond de l'océan...

mardi 23 avril 2013

Atout coeur...

Notre appréhension était grande, après la première enquête sociale...

Et si le nouvel enquêteur était aussi peu compétant que le premier?

Et si la mère des petites mentait à nouveau (sur ce point, jamais de déception)?

Et si l'enquêteur se laissait berner par les apparences?

La première visite eut lieu un jour d'hiver (l'audience avait eu lieu mi-septembre, ajoutez à cela le délai de paperasserie et vous recevez le jugement provisoire sur papier fin octobre...heureusement, il y avait urgence!).

Notre avocate nous avait dit que l'enquêteur était choisi par la Juge car ils travaillaient en étroite collaboration depuis plusieurs années. Ce n'était pas franchement rassurant, car cette Juge était réputée pour accorder la garde des enfants quasi- systématiquement à la mère...

Je me souviens d'un homme qui avait une allure de "Papa-gâteau". Un monsieur très calme, d'une infinie douceur avec les Minettes. Il ne les traitait pas comme des "numéros de dossiers", mais leur parlait doucement.

Il demanda à voir les filles une à une dans leur chambre, pour un entretien.

C'était déjà un bon point : le premier enquêteur n'avait même pas auditionné les Minettes lorsqu'il était venu à la maison, et nous apprîmes plus tard qu'il avait posé des questions aux filles lorsqu'elles étaient chez leur mère...en présence de cette dernière. Inutile de dire que les filles n'ont jamais osé dire la vérité!

A la maison, ce fut différent, mais ça, nous l'avons appris une fois les entretiens terminés.

L'enquêteur nous informa que les discussions avec les filles n'étaient qu'une formalité, parce qu'il avait demandé à s'entretenir de la même façon avec elles chez la mère et n'avait obtenu que des réponses apprises par cœur. "on veut habiter chez maman parce que chez papa, on a peur et notre belle-mère nous frappe sans arrêt."

Devant nos yeux grands ouverts, l'enquêteur nous rassura en disant qu'en des années de carrière, il savait repérer les signes invoquant une violence quelconque et qu'il était évident que les filles étaient épanouies à la maison.. OUF! Enfin...

Il ne dit rien d'autre au sujet de sa première visite chez la mère, mais nous informa simplement qu'il demanderait à la revoir car certains points l'inquiétaient, mais il souhaitait d'abord s'entretenir avec les enseignants des filles avant de la revoir.

Ce fut, ce soir là une petite lumière qui se ralluma dans nos cœurs. Peut-être qu'avec un peu de chance, la Juge percevrait un peu mieux la situation dramatique dans laquelle étaient les Minettes avec cette nouvelle lueur d'espoir?

lundi 22 avril 2013

Coup de Poker!

C'est en septembre... nous sommes bien loin hélas de la chanson de Bécaud, mais je me souviens avoir eu le refrain en tête ce matin là...

Nos coeurs battaient si fort que j'avais l'impression qu'ils raisonnaient dans la salle d'attente du Tribunal.

Notre avocate eut un sourire rassurant, puis la porte se referma derrière Mr. D. et je fus contrainte d'attendre. 

Oui, attendre, parce que la loi est ainsi faîte que dans la salle d'audience, même si vous vous occupez des petites au quotidien, vous n'êtes rien d'autre que la cinquième roue du carrosse pour l’État français. Je ne pèse pas plus qu'un fétu de paille.

Alors j'ai attendu, des minutes qui m'ont paru une éternité...

Et soudain, plus d'une heure après le début de l'audience, la porte s'ouvrit sur le visage fermé et apparemment agacé de la "mère" des Minettes.

Ce n'est que quelques minutes plus tard, lorsqu'elle eut quitté la salle d'attente, que je sus ce qu'il en était : 
La Juge n'étant pas satisfaite par la première enquête sociale qui lui paraissait peu fiable, en avait ordonné une seconde. Et puisque les faits décrits dans les nombreux témoignages semblaient indiquer des faits plutôt inquiétants, elle ordonna une nouvelle enquête très détaillée cette fois, qui suivrait l'évolution du quotidien des filles lorsqu'elles sont chez leur mère...

Le "hic" dans tout ça, était de taille : afin d'évaluer la capacité de la "mère" à prendre ses filles en charge, la Juge avait tout simplement décidé de fixer la garde chez cette dernière, à plein temps, ne nous laissant qu'un weekend sur deux et la moitié des vacances!

La chute fut vertigineuse...et comme les petites étaient à la maison cette semaine là, nous eûmes la lourde tâche de leur annoncer la nouvelle. 

"L'enquête ne durera pas plus de quatre mois, et après avoir pris connaissance des conclusions de l'expert, un jugement définitif sera rendu". Quatre mois. Savait-elle à quoi elle condamnait les Minettes pendant ces foutus quatre mois?

Quatre mois...

lundi 15 avril 2013

La Nounouche Ronronnifère...

Vous-ai-je déjà parlé de la Nounouche?

Cette boule de poils est arrivée dans ma vie à un moment où plus rien ne me disait... (voir ici)

Je me sentais vide, au sens propre comme au figuré, et je m'attendais à tout sauf à craquer pour une petite bestiole.

J'avais décidé d'enfermer mon cœur dans une armure de métal tout froid et bien solide, de ne plus laisser entrer la lumière.

Et puis un jour, au boulot, un de mes collègues m'a dit qu'il avait une petite boîte à ronron qu'il voulait laisser entre de bonnes mains, et comme il savait que Nounou était un chat gâté...limite pourri, il a pensé à moi.

Je lui ai d'abord dit non. Et puis il m'a montré une photo de la Nounouche!

J'ai regardé sa petite frimousse, sa petite patte qu'on croirait trempée dans un petit pot de crème, et j'ai senti mon cœur fondre instantanément. 

Quand je l'ai prise dans la main (elle était minuscule) il s'est passé quelque chose d'indescriptible.

Nous l'avons ramenée à la maison, mais comme Môssieur Nounou faisait son fier (en fait, il était victime d'une poltronite aigüe, mais ça, nous l'avons deviné plus tard) je l'ai gardée dans mes bras, et c'est tout naturellement qu'en pleine nuit, elle est venue se blottir dans mon cou.

C'est une machine à câlins, elle fait plus de bruit qu'un moteur quand elle ronronne, mais le fait est que le monde peut s'écrouler autour de moi, quand la Nounouche s'enroule autour de mon cou en ronronnant, c'est magique, tout va bien!

Sans le savoir, cette petite bestiole de caractère (elle mène son "tonton Nounou" à la baguette) m'a sortie du gouffre où je sombrais...

C'est ma thérapie, ma ronron thérapie, pour être exacte, Nounou fait le pitre pour me changer les idées et la Nounouche efface mes peines avec ses câlins, de vrais compères!

Tout le monde a besoin d'anges gardiens, les miens n'ont pas d'ailes, pas d'auréoles : ils ont quatre pattes et aiment les croquettes, mais je ne les échangerais pour rien au monde...


lundi 1 avril 2013

Une petite fille et un sucrier bleu.

Ma mère rentra de l'hôpital environ deux semaines après l'accouchement. Sans petit frère. J'étais donc punie, c'était très clair...mais de quoi donc? J'avais pourtant été sage, moi...mon singe en peluche s'en souvient sans doute, parce que j'en ai passé des heures à lui en parler...

La seule chose qu'on m'eut dite a l'époque, c'est que je devais être très sage et ne pas embêter maman avec des questions...ah, et puis il fallait aussi rester avec elle, pendant la journée, parce qu'elle pouvait faire des bêtises. Bon, qu'à cela ne tienne, puisque j'étais sensée devenir une grande sœur tôt ou tard, je pouvais bien aussi "garder" ma maman...

C'est vrai qu'elle était un peu bizarre, ça je m'en rappelle bien...elle ne faisait pas les choses comme d'habitude et surtout, elle mettait les objets courants dans des endroits inattendus. Je me souviens avoir sorti le sucrier du frigo des dizaines de fois. Un sucrier ordinaire, en plastique bleu roi...Ça m'avait beaucoup fait rire, la première fois..et puis je me suis habituée.

Par contre, je ne me suis jamais habituée a ce que j'ai entendu un après midi de janvier. Je me rappelle que j'étais allongée sur mon lit et que ma mère est venu s'asseoir près de moi. Elle avait l'air bizarre. Et puis elle a respiré un bon coup, comme quand on doit plonger dans le grand bassin et qu'on hésite entre la peur de manquer d'air et la peur de sauter a l'eau...et puis elle a plongé...et c'est moi qui me suis noyée.

Je n'aurais pas de petit frère. De petits frères, car il y en avait bien deux, mais le premier étant plus faible, il n'avait vécu que quelques heures... Avant d'aller rejoindre les anges, il avait tout de même - à sa façon - fait comprendre aux médecins que quelque chose de grave se passait. On a donc emmené mon deuxième petit frère dans un hôpital spécialisé ou le verdict sans appel tomba comme un couperet: il ne vivrait pas.

Le médecin avait prévenu que dans le "meilleur" des cas, il pourrait survivre un ou peut être même deux mois, mais que de toute façon, ce n'était que reculer une échéance fatale. C'est peut être parce qu'il a compris que mon petit frère a juge mieux de partir plus tôt, avant que des liens ne se créent...il est parti rejoindre son jumeau cinq jours après...

Je ne les ai jamais vus, personne n'a cru bon de m'emmener a l'enterrement... et trente cinq ans après, je suis toujours la à me demander pourquoi on m'avait fait croire aux miracles. Rien n'est jamais acquis...et rien ne comblera jamais ce vide.

C'est drôle, je ne peux jamais repenser a cette époque, à ces moments douloureux, sans repenser a ce sucrier bleu...a vrai dire, après ce jour de janvier, je ne sais pas du tout ce qu'il est devenu...il a du être perdu à un moment ou a un autre...comme mon enfance...